Critique de la raison asilaire

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BOOKENTRAIN a invité DIMITRI KIJEK
pour
CRITIQUE DE LA RAISON ASILAIRE
Paris, EPEL, 2017
 
 
 
Avec ce livre, Dimitri Kijek, psychanalyste et psychiatre, nous fait rentrer dans le pavillon dit des « entrants » de l'hôpital psychiatrique de Clermont de l'Oise, en butte à d'importantes difficultés de fonctionnement. Il nous relate l'analyse institutionnelle qu'il y a menée pendant deux ans. Averti du danger d'une trop brutale perturbation d'un système il opère avec Guattari et avec doigté pour opérer une mutation graduelle de ses agencements. Naviguant entre groupe d'analyse des pratiques avec les soignants, réunion avec les cadres et groupe de parole ouvert à tous, soignés, soignants ou cadres, il obtiendra que les portes du pavillon s'ouvrent, que le cadre supérieur puisse à nouveau pénétrer sans encombre dans le pavillon et que la souffrance des soignants s'apaise.

Dans l'intervention qu'il nous fait vivre, il croise plusieurs registres discursifs et notamment les approches psychanalytique et schizo-analytique. Un des principaux apports du livre est de montrer concrètement la pertinence de concepts venant de Guattari, comme « subjectivité collective », « agencement collectif d'énonciation », « production désirante institutionnelle », « groupe-sujet » etc. pour ce qui concerne l'exercice institutionnel. Avec cet apport guattarien, l'auteur renouvelle d'heureuse façon la littérature sur l'exercice de la supervision et de l'analyse des pratiques.

Au fil de son exercice Dimitri Kijek met au jour les impasses de pratiques théoriques héritées de la médecine du XIXème siècle. Pensant, avec Guattari, le système psychiatrique comme produisant une subjectivation particulière, transindividuelle, il soutient, radical, que la psychiatrie produira invariablement le même type de subjectivité si elle continue de s'appuyer prioritairement sur son héritage médical.

Le livre ouvre à de nombreux autres débats connexes, tels que :

– La question de la place des diagnostics en psychiatrie. À propos du type de subjectivité produite par le système psychiatrique l'auteur parle de « meurtre nosographique ». Dimitri Kijek, qui dirige le Centre de psychothérapie institutionnelle de Clermont de l'Oise, soulève bien d'autres points, comme celui de la position de Jean Oury, critique acerbe de toute ségrégation en psychiatrie mais ardent défenseur de la nosographie psychiatrique.

– Dans le fil de la question précédente, celle du peu de référence et d'appui pris par l'auteur sur des fondements de la psychothérapie institutionnelle comme la double aliénation, la distinction entre fonction, statut et rôle et le transfert à plusieurs.

– La question de l'iatrogénie en psychiatrie. Dimitri Kijek s'étonne, en passant, qu'un milieu médical si concerné par la lutte contre les infections nosocomiales, n'ait jamais songé à en transposer l'équivalent en psychiatrie, et ne soit pas demandé comment nombre de malades, réduits à la passivité, préfèrent bien souvent une identité d'emprunt construite par la psychiatrie plutôt qu'une mort sociale.

– La question des conditions de compatibilité entre les différents discours convoqués. Et plus localement, comment, par exemple, concilier l'usage de définitions irréconciliables (?) du sujet pour la psychanalyse et pour la schizo-analyse ?

 
C'était le mercredi 10 janvier 2018 à 20H45
Hôpital de jour Gombault-Darnaud
24 rue Bayen, 75017, Paris